Les députés refusent la confiance à François Bayrou. Et maintenant ?
Les députés ont rejeté, lundi 8 septembre, la confiance au Premier ministre François Bayrou. Celui-ci avait engagé la responsabilité de son gouvernement après un discours de politique générale. Sur 573 députés votants, seuls 194 lui ont accordé leur confiance, contre 364 qui s'y sont opposés et 15 abstentions.
Si la défaite était attendue, son ampleur a surpris. Sur les 210 députés de la coalition gouvernementale, seuls 194 ont voté pour. Les oppositions sont apparues au sein du groupe Droite républicaine (DR) : 13 de ses députés ont voté contre et 9 se sont abstenus.
Une Assemblée nationale sous tension
Depuis la perte de majorité absolue en 2022, l'Assemblée nationale est marquée par une forte instabilité. Faute de majorité, les gouvernements successifs doivent négocier des alliances pour faire adopter leurs textes. Selon les données de Datan, cette situation a réduit l'influence du gouvernement, qui se retrouve de plus en plus souvent en minorité lors des scrutins.
Cette instabilité pousse les groupes politiques à coopérer davantage. Si la négociation entre groupes est fréquente dans des régimes parlementaires comme la Belgique ou l'Allemagne, la classe politique française y est moins habituée. Pourtant, nos données montrent que les textes résultent désormais plus souvent d'alliances et que la coopération entre les groupes a augmenté. Ainsi, le groupe macroniste (EPR) a voté avec les Républicains dans 65% des cas depuis 2024 (contre 35% sous la 15ème législature) et avec les Socialistes dans 53% des cas (contre 25% auparavant).
Mais l'absence de majorité absolue fragilise les gouvernements, qui peuvent tomber si l'opposition s'unit contre lui. Après la censure de Michel Barnier en décembre 2024, c'est désormais au tour de François Bayrou de tomber sous le coup de cette instabilité. Sa coalition, composée d'EPR, Horizons, Modem et Droite républicaine, ne comptait que 210 députés, loin des 289 nécessaires pour disposer d'une majorité à l'Assemblée.
Quelles options pour Emmanuel Macron ?
Le chef de l'Etat doit désormais nommer un nouveau Premier ministre. La piste privilégiée reste un profil issu du bloc central, capable de rallier la droite et désormais les Socialistes s'il souhaite davantage de stabilité pour gouverner. Cette option, qui met les Socialistes en faiseur de roi, n'est pas illogique : c'est le groupe de gauche qui a plus souvent voté avec les Macronistes depuis 2024 (53%). Mais l'équilibre serait délicat : les Républicains et Socialistes ont des positions et stratégies pouvant être fortement différentes.
Certains ont appelé à la nomination d'un négociateur chargé de bâtir un accord sur le budget 2026. Une solution pragmatique face aux contraintes pour l'adoption du budget, mais fragile dans un contexte politique peu habitué à ces grandes négociations entre les partis politiques. De plus, si elle pourrait permettre d'avancer sur le budget, cette option ne clarifie pas la situation politique qui suivra.
Un Premier ministre de gauche ?
Les Socialistes et Écologistes ont appelé à la nomination d'un Premier ministre issu de leurs rangs. Si cette option rappelle la position de la NUPES en 2024, la situation a changé : un an de travail parlementaire a mis en lumière les divergences internes, par exemple entre députés socialistes et insoumis, qui s'opposent dans l'hémicycle sur environ 25% des votes. De plus, une telle coalition ne disposerait que de 33% des sièges et aurait du mal à former une majorité, notamment du fait de l'opposition d'autres groupes de coopérer avec LFI.
Une option de gauche sans LFI reste également fragile. Même en associant le bloc central (EPR, Modem, Horizons) aux Socialistes et Écologistes, la coalition ne rassemblerait que 46% des voix. De plus, cette situation serait difficile à long terme, tant les positions peuvent diverger entre certains groupes du bloc central, plus proches de la droite (Horizons) que de la gauche parlementaire.
Crédit photo : Ugo Bronszewski