L'amendement n° 1276 de M. Léaument à l'article 14 du projet de loi d'orientation et de programmation du ministère de l'intérieur (première lecture).
REJETÉRésultat du vote
Les députés ont rejeté le 17 novembre 2022 l'amendement n° 1276 de M. Léaument à l'article 14 du projet de loi d'orientation et de programmation du ministère de l'intérieur (première lecture).
Au total, 87 députés ont pris part au vote : 57 % ont voté contre, 26 % ont voté en faveur, et 16 % se sont abstenus.
Infos
| Date | 17 novembre 2022 | |
| Type de vote | Amendement | |
| Dossier | Projet de loi d’orientation et de programmation du ministère de l’intérieur |
Résumé de l'amendement
Cet amendement propose de supprimer le dispositif de l'amende forfaitaire délictuelle prévue par la LOPMI pour entraver ou gêner la circulation. Selon les auteurs de cet amendement, avec une amende forfaitaire, les accusés doivent payer tout de suite et ne peuvent donc pas se défendre lors d'un procès. Cela fait des policiers les seuls juges. De plus, ces amendes ciblent souvent les militants politiques et les personnes précaires qui ne peuvent pas les payer. Les auteurs de cet amendement soulignent également que cette amende vise à entraver les mobilisations sociales, comme celles des Gilets Jaunes, et qu'elle cherche à briser ces mouvements par la menace financière.
Ce texte est un résumé de l'exposé des motifs.
La position des groupes
Les votes des députés et des groupes
Exposé des motifs de l'amendement
L'objectif d'un amendement est de modifier ou d'ajouter une mesure d'un projet ou d'une proposition de loi. Le ou les députés qui rédigent l'amendement écrivent également un exposé des motifs.
Par cet amendement, nous proposons de supprimer le dispositif de la LOPMI visant à ajouter la possibilité d’une amende forfaitaire délictuelle à l’article L. 412-1 du code de la route concernant le fait d’entraver ou de gêner la circulation, de placer ou de tenter de placer, sur une voie ouverte à la circulation publique, un objet faisant obstacle au passage des véhicules ou d'employer, ou de tenter d'employer un moyen quelconque pour y mettre obstacle.
L’amende forfaitaire délictuelle est un système qui pose de nombreux problèmes. En effet, elle empêche la tenue d’un procès permettant soit d’acquitter un individu, soit de le condamner avec des circonstances atténuantes ou aggravantes. À la place, les policiers deviennent seuls juges d’une situation. Le contradictoire et l’individualisation des peines, principes fondateurs de notre droit, sont oubliés. Par ailleurs, les amendes forfaitaires délictuelles sont souvent dirigées contre les mêmes publics : les militants politiques et les personnes en situation de précarité, qui sont le plus souvent dans l’incapacité financière de payer ces amendes et, par conséquent, peuvent se retrouver en situation de surendettement. Il est donc inefficace pour l’État de distribuer des amendes qui ne sont pas payées. De plus, l’effet dissuasif de ces amendes n’a jamais été prouvé. Enfin, les amendes forfaitaires délictuelles laissent entièrement de côté la question de la réparation pour les victimes.
Dans le cas concerné par cet amendement, l’amende forfaitaire délictuelle vise là encore à entraver les mobilisations sociales, et particulièrement le répertoire d’action collective des Gilets Jaunes. En effet, durant ce mouvement social qui était le plus grand depuis Mai 1968, les Gilets Jaunes ont souvent recourru au blocage de routes pour ralentir ou limiter la circulation et informer sur leurs revendications qui étaient largement soutenues dans la population française : augmentation du SMIC et des salaires, référendum d’initiative citoyenne (RIC), passage à une 6e République plus démocratique… Or, l’amende forfaitaire délictuelle prévue sur le sujet est la plus lourde que la LOPMI introduit ! Elle est de 800 € de base et de 1 600 € majorée ! La volonté de briser la reproduction d’un tel mouvement social par la menace est évidente ! Rappelons que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793 allait jusqu’à garantir le droit à l’insurrection. Quel recul pour les droits du peuple français de voir qu’aujourd’hui, près de 230 ans plus tard, on veut punir d’amendes lourdes celles et ceux qui se mobiliseraient pour leurs droits ! Le gouvernement semble vouloir, par ce moyen, se prémunir contre une mobilisation sociale forte qui toucherait les lycées et les universités dans les prochaines années. Peut-être craint-il le mouvement social à venir contre la réforme des retraites à 65 ans ? Il doit dans ce cas savoir qu’aucune menace, même financière, n’empêchera le peuple français tout entier de se mobiliser contre ce projet anti-social.
Par cet amendement de repli, nous proposons donc de rendre purement symbolique le montant de l’amende forfaitaire délictuelle concernant le fait d’entraver ou de gêner la circulation pour des individus qui se mobiliseraient pour défendre leurs droits ou par solidarité avec un mouvement social d’ampleur dans notre pays.
Source : Amendement sur le site de l'Assemblée nationale